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	<title>Dominique Ghesqui&#232;re, Artiste Sculpteur. Paris, France.</title>
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	<description>Pour rendre compte de la complexit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes tels que le paysage, il faut &#034;substituer &#224; une pens&#233;e qui isole et s&#233;pare, une pens&#233;e qui distingue et relie&#034;.
Edgar Morin, La T&#234;te bien faite</description>
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		<title>Dominique Ghesqui&#232;re, Artiste Sculpteur. Paris, France.</title>
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		<title>Pierres roul&#233;es, Clara Guislain 2014</title>
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&lt;p&gt;A l'origine de Pierres Roul&#233;es, il y a, comme souvent dans les &#339;uvres de Dominique Ghesqui&#232;re un geste de cadrage dans le r&#233;el, l'extraction, laconique, minimale, d'une &#171; portion de territoire &#187;. Une forme de simplicit&#233; faussement mim&#233;tique, accentu&#233;e par la r&#233;duction du titre &#224; la nomination de la chose, dont l'artiste d&#233;range pourtant imperceptiblement le jeu de co&#239;ncidence. Ce travail suppose dans un premier temps le mouvement, qui f&#233;d&#232;re de nombreuses &#339;uvres de l'artiste, d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'origine de Pierres Roul&#233;es, il y a, comme souvent dans les &#339;uvres de Dominique Ghesqui&#232;re un geste de cadrage dans le r&#233;el, l'extraction, laconique, minimale, d'une &#171; portion de territoire &#187;. Une forme de simplicit&#233; faussement mim&#233;tique, accentu&#233;e par la r&#233;duction du titre &#224; la nomination de la chose, dont l'artiste d&#233;range pourtant imperceptiblement le jeu de co&#239;ncidence. Ce travail suppose dans un premier temps le mouvement, qui f&#233;d&#232;re de nombreuses &#339;uvres de l'artiste, d'une observation prolong&#233;e d'un &#233;tat de nature relativement &#171; indiff&#233;rent &#187;, &#171; moyen &#187;, non spectaculaire. Ainsi des tas de feuilles mortes, des ronces et des lierres, des craquelures d'un sol limoneux, de l'&#233;cume mousseuse des vagues, r&#233;pertoire de formes &#224; l'inertie trompeuse, qui &#233;voquent le moment inquiet de la m&#233;tamorphose, et &#224; partir desquelles l'artiste r&#233;investit le genre de la nature morte et de la vanit&#233;. Celles-ci r&#233;pondant aux objets de la vie courante, indiquant une usure insidieuse et cyclique, comme ces assiettes finement fissur&#233;es, ces miroirs partiellement rong&#233;s, ou ces journaux froiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Roul&#233;es se compose ainsi d'un assemblage au sol de galets gris ramass&#233;s sur le littoral breton. Ces pierres en apparence sans qualit&#233;, aussi appel&#233;es par les g&#233;ologues &#171; s&#233;diments grossiers &#187;, forment un relief al&#233;atoire &#224; proximit&#233; d'un mur, sugg&#233;rant le lit d'un cours d'eau ass&#233;ch&#233;, comme si les formes avaient &#233;t&#233; charri&#233;es, d&#233;pos&#233;es par le transport d'une mar&#233;e. Ces &#233;l&#233;ments n'ont pas simplement &#233;t&#233; &#171; pos&#233;s &#187; l&#224;, mais arrang&#233;s, li&#233;s entre eux par leurs veines blanches, dessinant un r&#233;seau continu de trac&#233;s sinueux et fragiles, graphie abstraite et biologique, qui contredit l'inertie brute de la pierre. La structure de l'arrangement entre les lignes, formant une sorte de dentelle presque imperceptible &#224; distance, contient en elle la virtualit&#233; d'une expansion &#224; l'infini, all over, dont l'espace de l'art (toujours pr&#233;sent chez l'artiste comme un espace du suspens, du retard, y compris dans sa modalit&#233; duchampienne ) interrompt le cours. Ce ruissellement de lignes, tend alors &#224; organiser une fiction de la temporalit&#233; g&#233;ologique initiale dans laquelle nous pouvons supposer que ces fragments formaient encore un m&#234;me bloc d'origine. Cette fiction, r&#233;cr&#233;ant une continuit&#233; dans le discontinu des processus naturels met en exergue sa condition, celle d'&#234;tre une op&#233;ration humaine toute relative, qui proc&#232;de par liaison, couture, reconstitution d'une trame initialement perdue. La force motrice et po&#233;tique du geste renvoie &#224; l'impulsion proprement humaine, pr&#233;sidant &#224; toutes les croyances, et tous les savoirs : la volont&#233; de produire de la continuit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la discontinuit&#233; perp&#233;tuelle des ph&#233;nom&#232;nes, origine de la technique moderne dont le terme prend racine dans la mer, tekhn&#232; d&#233;signant chez les grecs l'art du navigateur qui oriente son navire. Cette continuit&#233; se refl&#232;te de mani&#232;re singuli&#232;rement consciente dans le geste de l'artiste n'excluant pas une l&#233;g&#232;re ironie. En reconstituant une ligne de vie, ligne de fuite elle fait en m&#234;me temps prolif&#233;rer la m&#233;moire d'une cassure.&lt;br class='autobr' /&gt;
De mani&#232;re litt&#233;rale, les &#233;l&#233;ments se touchent par leur cicatrice, une d&#233;chirure originaire dont l'eau, cristallis&#233;e, a combl&#233; et soulign&#233; le lieu, avant de lisser les contours. Les veines blanches, d&#233;p&#244;ts de quartz, sont les comblements naturels d'une fissure cr&#233;&#233;e pendant la s&#233;dimentation de sa roche d'origine, cicatrice, qui a &#233;t&#233; dispers&#233;e par l'&#233;rosion lorsque les falaises soumises au gel des derni&#232;res p&#233;riodes glaci&#232;res ont &#233;clat&#233; en une multitude de fragments anguleux. Le niveau de la mer &#233;tant progressivement remont&#233;, les vagues ont ainsi dispos&#233; ces morceaux roches, et l'&#233;nergie de l'eau, des vagues et des mar&#233;es, les a &#233;mouss&#233;s, roul&#233;s. Le frottement de ces fragments les uns contre les autres &#224; produit ces formes arrondies, parfaitement irr&#233;guli&#232;res, leurs d&#233;fauts &#233;tant le fruit d'un processus de modelage, de destruction et de reformation continue. D&#232;s lors, l'eau figure ici comme un agent d'infiltration et de transport simultan&#233;ment destructeur et r&#233;parateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce mouvement mutique, in-signifiant (parce que son origine pr&#233;c&#232;de la venue du sens), cette continuit&#233; heurt&#233;e que l'artiste reconstitue &#224; travers ces r&#233;seaux de mailles, &#171; texte &#187; germinal ( mot partageant la m&#234;me racine &#233;tymologique que maille ) renvoyant &#224; une tentative d'insertion d'une temporalit&#233; humaine &#224; l'int&#233;rieur d'un processus naturel dont le geste a fig&#233; le cours. Le geste fait &#171; image &#187; en r&#233;cr&#233;ant un passage tout en affirmant sa dimension fragmentaire, son &#233;chelle relative. Pierre Roul&#233;es d&#233;fie la figurabilit&#233; d'une temporalit&#233; historique en recourant &#224; un geste laconique et une &#233;cologie de l'attention, qui r&#233;v&#232;le l'existence fluide et corporelle du temps, mais d&#233;charg&#233;e de toute forme de pathos. Par l&#224;, Dominique Ghesqui&#232;re maintient une forme d'&#233;quilibre entre la temporalit&#233; g&#233;ologique, tellurique, sans m&#233;moire, sans histoire, et la temporalit&#233; fabriqu&#233;e, mondaine, de la repr&#233;sentation ; elle recadre un ph&#233;nom&#232;ne abstrait, celui de la nature, qui revient &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne abstrait, celui de l'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Description d'un paysage d&#233;tram&#233;, Marjorie Micucci, 2014</title>
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		<dc:date>2014-10-15T13:58:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Obscur se fait n&#233;cessairement celui qui ressent tr&#232;s profond&#233;ment les choses et qui se sent en union intime avec ces choses m&#234;mes. Car la clart&#233; cesse &#224; quelques coud&#233;es de la surface. &#187; Paul Val&#233;ry, Mauvaises Pens&#233;es et autres, &#201;ditions Gallimard, Paris, 1942. Il faudrait savoir prendre cong&#233; d'un paysage. &#202;tre, apr&#232;s en avoir fait l'apprentissage m&#233;ditatif et l'exp&#233;rience visuelle, auditive, tactile, immersive, en son retrait ; &#234;tre, apr&#232;s en avoir senti les dur&#233;es ench&#226;ss&#233;es, celles de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Obscur se fait n&#233;cessairement celui qui ressent tr&#232;s profond&#233;ment les choses et qui se sent en union intime avec ces choses m&#234;mes. Car la clart&#233; cesse &#224; quelques coud&#233;es de la surface. &#187; Paul Val&#233;ry, Mauvaises Pens&#233;es et autres, &#201;ditions Gallimard, Paris, 1942.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait savoir prendre cong&#233; d'un paysage. &#202;tre, apr&#232;s en avoir fait l'apprentissage m&#233;ditatif et l'exp&#233;rience visuelle, auditive, tactile, immersive, en son retrait ; &#234;tre, apr&#232;s en avoir senti les dur&#233;es ench&#226;ss&#233;es, celles de chaque &#233;l&#233;ment le composant dans ses moments mouvants, dans une &#171; petite mort &#187; des formes et des lignes, des g&#233;om&#233;tries et des d&#233;coupes, des courbes et des rondeurs, des tissages et des effacements, des failles et des gels, des musiques et des rythmes, des respirations et des atonies, des couleurs et des imperceptibles saisons. Prendre cong&#233; d'un paysage pour en d&#233;nouer son secret vivant, son corps intime, sa surface obscure et ses profondeurs polies, jusqu'&#224; l'os d'une brindille, jusqu'&#224; la s&#233;cheresse accomplie d'une branche d'arbre, jusqu'au velout&#233; &#233;cartel&#233; d'aile d'oiseau fig&#233;, jusqu'au fragment versatile d'un nuage. Prendre cong&#233; du paysage pour le regarder, pour l'absorber dans le seul acte du temps sans fin du souvenir, pour le regarder dans l'essence de son absence et l'acm&#233; de sa pr&#233;sence, jusqu'&#224; toucher et &#233;prouver son devenir cyclique et son &#233;tat mortel. Le paysage est &#171; nature morte &#187;, au bout du compte, au bout de ce devenir. Dans toutes les acceptions &#8211; picturale et dans le fait du r&#233;el pr&#233;caire. Dans une fusion &#224; la fois discr&#232;te et violente de l'acte de r&#233;alit&#233; et de cette vie immobile des choses naturelles captur&#233;e par le geste artistique. Le paysage entre, alors, ou peut entrer, alors, dans son statut d'exposition ou dans sa forme exposition. Fragment&#233;, d&#233;-tram&#233;, d&#233;tach&#233;, jusqu'&#224; sa seule essence. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste Dominique Ghesqui&#232;re a pris ainsi cong&#233; de paysages naturels &#8211; comme, ailleurs, elle prit cong&#233; de nos environnements anonymes, de notre vie avec les objets anodins et fonctionnels de notre vie quotidienne : celui qu'elle parcourut, observa, scruta durant ses mois de r&#233;sidence &#224; l'&#233;t&#233; et &#224; l'automne 2012-2013 sur l'&#238;le de Vassivi&#232;re, en Limousin ; celui des rivages familiers de la Manche, des c&#244;tes de Normandie. Le paysage de Vassivi&#232;re devint terre de profondeur (centre international d'art et du paysage de l'&#238;le de Vassivi&#232;re &#8211; 20 janvier-31 mars 2013). Aujourd'hui, ces paysages v&#233;cus par/de Dominique Ghesqui&#232;re deviennent, &#224; la galerie parisienne Valentin, grande tapisserie (6 septembre-11 octobre 2014).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; paysage &#187; solitaire qu'inscrit Dominique Ghesqui&#232;re dans les deux salles blanches, asc&#233;tiques, de la galerie Valentin, porte le dessin de l'&#233;l&#233;gance, de la d&#233;licatesse et de la sourde violence d'un &#339;il microscope, d'un &#339;il entomologiste qui fixe son objet apr&#232;s une lente maturation, et en entreprend la m&#233;tamorphose. Il y a chez Dominique Ghesqui&#232;re ce &#171; travail d'intimit&#233; avec la nature &#187; qu'&#233;voque Matisse lorsqu'il d&#233;crit sa lente approche de l'arbre, de son tronc, de ses branches, de ses feuilles. Il disait aussi qu'il fallait &#171; dessiner les vides. Le vide entre les feuilles d'une branche (...) &#187; qui, ajoutait-il, &#171; ne se sent pas dans l'observation directe &#187; (1). Ghesqui&#232;re est dans cet apr&#232;s de l'observation &#8211; qui fut dans un temps long, dans un temps souvent repris &#8211; et dans le souvenir de sa pr&#233;cision. La sculpture installation Feuillus (2014) est dans ce &#171; dessin/dessein &#187; du retrait de l'espace v&#233;g&#233;tal et dans le moment inquiet de la m&#233;tamorphose. Les trois arbres sont compos&#233;s, tiss&#233;s de branches mortes, jusqu'aux feuilles elles-m&#234;mes que l'artiste a, dans une patience obsessionnelle, &#171; recousues &#187;, &#171; rattach&#233;es &#187; les unes apr&#232;s les autres avec de petits morceaux, l&#224;-aussi, de branches mortes. Les &#171; vides &#187; disait Matisse... Et c'est cela : notre regard traverse ces arbres feuilles qui sont multiples et qui font un, qui sont pure fragilit&#233;, qui sont mortalit&#233;, et nous touchons alors &#224; l'accord avec le n&#233;ant. Dominique Ghesqui&#232;re atteint au dessin invisible qu'elle fait advenir surface, elle le fait par l'acte de m&#233;tamorphose de la mati&#232;re choisie, elle le fait par le jeu troublant de l'illusion qu'elle trame sans bruit. Les choses &#8211; que ce soit les objets quotidiens qu'elle r&#233;emploie ou refabrique dans nombre de ses sculptures pr&#233;c&#233;dentes (tapis, 2001 ; &#233;chafaudage, 2003 ; escabeau, 2008) ou dans ces &#233;l&#233;ments naturels qu'elle transporte et transfigure (pluie permanente, 2003 ; respiration, 2012, &#233;cume, 2012 ; passage, 2012) &#8211; sont arr&#234;t&#233;es dans leur essence, elles ont quitt&#233; le devenir, ou plus exactement, quand elles se pr&#233;sentent &#224; nous dans la salle d'exposition, elles ont d&#233;j&#224; accompli leur devenir et leurs histoires, ont d&#233;j&#224; accompli leur commencement et leur recommencement, leurs cycles et leurs transformations, leurs mues et leurs pr&#233;sents accumul&#233;s, leurs saisons et leurs usages. Dominique Ghesqui&#232;re est dans ce savoir po&#233;tique et magique que toute chose contient &#224; la fois son essence et ses devenirs, son essence et ses pass&#233;s, dans une fragilit&#233;, une m&#233;moire, une bri&#232;vet&#233; et une ironie ultimes. Ainsi, si le regard du visiteur, ce bref personnage dans ce &#171; paysage &#187; d&#233;-tramant les choses, s'inqui&#232;te de sa vision, il se &#171; doit &#187; d'entrer dans une pleine contemplation pour s'absorber dans le &#171; comment &#187; que pose constamment l'artiste, pour r&#233;pondre &#224; l'inqui&#233;tude qu'elle fait revenir &#224; la surface du pr&#233;sent et du pr&#233;sent de l'espace qu'est l'artifice de l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Ghesqui&#232;re fixe le fugace, l'enfoui, l'&#233;ph&#233;m&#232;re. Une fixit&#233; &#224; la fois sculpturale et picturale. Ou que seules les formes artistiques peuvent, un instant, fix&#233;es pour en donner et en accepter la vision ou le toucher. Une fixit&#233; qui figure le temps, donner une figure au temps, aux temps. Ghesqui&#232;re fixe l'&#233;lan qui se mue en &#171; vanit&#233; &#187;, en memento mori contemporain, comme avec cet oiseau mort, naturalis&#233;, que l'artiste fige, dans un radical isolement, sur le mur de la salle d'exposition (oiseau, 2014). Comme cette forme de peau d'animal d&#233;pec&#233;e, constitu&#233;e de milliers de ces petites &#233;corces de pin (mue, 2014). Illusion velout&#233;e et sensuelle de ce qui n'est que restes, fusion de l'animal et du v&#233;g&#233;tal pour dire des temporalit&#233;s qui se rejoignent dans la fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traces murales d'un lierre arrach&#233;, galets polis recueillis sur le rivage marin avec un soin amoureux et qui sont nervur&#233;s d'une ligne min&#233;rale blanche... Lignes du temps... &#192; la surface des surfaces. Le temps applique son remarquable travail, et l'artiste le dispose, dans une simplicit&#233; qui ne fait que rendre plus intense la sensation de passage, de fuite... Il faut ainsi rester longtemps dans les paysages artifices et d&#233;pouill&#233;s de Dominique Ghesqui&#232;re, ces paysages natures mortes pour entendre tout ce qui les pr&#233;c&#232;de, toutes les histoires et voir le pr&#233;sent ; il faut &#233;couter les paysages de Dominique Ghesqui&#232;re, ils sont des murmures de finitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Henri Matisse, &#201;crits et propos sur l'art, catalogue de l'exposition Matisse et l'arbre (11 octobre 2003-11 janvier 2004), mus&#233;e Matisse, Le Cateau-Cambr&#233;sis, &#201;ditions Hazan, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Ghesqui&#232;re, Grande tapisserie, Galerie Valentin, Paris -&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominique Ghesqui&#232;re vit et travaille &#224; Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Courtesy : the artist and Valentin, Paris. Photo : &#169; Sylvie Chan-Liat. - See more at : &lt;a href=&#034;http://moussemagazine.it/dominique-ghesquiere-valentin-2014/#sthash.ORDdiQfc.dpuf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://moussemagazine.it/dominique-ghesquiere-valentin-2014/#sthash.ORDdiQfc.dpuf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Courtesy : l'artiste et Valentin, Paris. Photo : &#169; Sylvie Chan-Liat&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; DR.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les vibrations minuscules d'instants paysages..., Marjorie Micucci, 2013</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Dominique-Ghesquiere-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dominique-ghesquiere.com/Dominique-Ghesquiere-les</guid>
		<dc:date>2013-03-18T14:57:58Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a dans l'&#238;le qu'une seule maison, mais grande, agr&#233;able et commode, qui appartient &#224; l'h&#244;pital de Berne ainsi que l'&#238;le, et o&#249; loge un receveur avec sa famille et ses domestiques [&#8230;]. L'&#238;le dans sa petitesse est tellement vari&#233;e dans ses terrains et ses aspects qu'elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras p&#226;turages ombrag&#233;s de bosquets et bord&#233;s d'arbrisseaux de toute esp&#232;ce dont le bord (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il n'y a dans l'&#238;le qu'une seule maison, mais grande, agr&#233;able et commode, qui appartient &#224; l'h&#244;pital de Berne ainsi que l'&#238;le, et o&#249; loge un receveur avec sa famille et ses domestiques [&#8230;]. L'&#238;le dans sa petitesse est tellement vari&#233;e dans ses terrains et ses aspects qu'elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras p&#226;turages ombrag&#233;s de bosquets et bord&#233;s d'arbrisseaux de toute esp&#232;ce dont le bord des eaux entretient la fra&#238;cheur [&#8230;]. &#187; Jean-Jacques Rousseau, Les R&#234;veries du promeneur solitaire, &#171; Cinqui&#232;me promenade &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur des Confessions et de Julie ou la Nouvelle H&#233;lo&#239;se s&#233;journa sur l'&#238;le Saint-Pierre, baign&#233;e des eaux du lac de Bienne, en Suisse, les mois de l'&#233;t&#233; et de l'automne 1795. Peu nous importe ici les circonstances politiques et de censure de ce &#171; s&#233;jour &#187; insulaire forc&#233;, ou que Rousseau le trouv&#226;t si &#171; charmant &#187;, &#233;prouvant un infini &#171; bonheur &#187;, qu'il ne d&#233;sir&#226;t point le quitter lorsqu'il lui en fut transmis l'ordre par le bailli du canton de Berne. Rousseau, seul, dans la respiration d'une nature qui l'enveloppe et qu'il d&#233;couvre dans des sentiments aiguis&#233;s de qui&#233;tude, y pratiqua la promenade et se d&#233;dia &#224; l'herborisation. &#171; J'entrepris de faire la flora petrinsularis et de d&#233;crire toutes les plantes de l'&#238;le sans en omettre une seule, avec un d&#233;tail suffisant pour m'occuper le reste de mes jours. &#187; Le &#171; s&#233;jour &#187; ou, aujourd'hui, pour un ou une artiste, la &#171; r&#233;sidence &#187; peuvent avoir cette vertu du temps suspendu et d&#233;li&#233;, de la d&#233;ambulation patiente, du travail pr&#233;paratoire tout &#224; la fois rigoureux et inattendu, fait d'esquisses, de ratures, de reprises, de craintes, de troubles, d'&#233;motions, de sensations &#224; fleur de perception et de toucher, de rencontres. Un temps intime d'immersion dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; natures &#187;, les &#171; paysages &#187; ou les formes d'un lieu, dans son histoire ou/et ses m&#233;moires, dans ses secrets aussi, ses masques, ses artifices, ses mouvances, ses surprises, ses violences, ses d&#233;tails, ses minuscules soubresauts, ses lumi&#232;res fr&#234;les, ses ombres variantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sidence de Dominique Ghesqui&#232;re sur l'&#238;le de Vassivi&#232;re, &#224; l'invitation de Marianne Lanav&#232;re, directrice du centre d'art et du paysage, durant l'automne 2012 et le d&#233;but de l'hiver 2013, fut en bien des aspects de cet ordre-l&#224;, qui a conduit &#224; cette exposition Terre de profondeur, se dessinant en un d&#233;ploiement de fragments, de moments enfouis ou minuscules du paysage environnant. De cet ordre-l&#224;, c'est-&#224;-dire, de l'ordre de la promenade, incessante, r&#233;p&#233;t&#233;e, et d'une exploration de la part de l'artiste - qui vit et travaille &#224; Paris - pr&#233;cise, &#224; l'&#233;coute des souffles, des vents, des &#233;cumes, des ombres, des fissures, des solitudes, des r&#233;cits anciens. Pour cet objectif qu'est donc l'exposition - non plus l'herbier quasi encyclop&#233;dique de Jean-Jacques Rousseau, mais en est-on si &#233;loign&#233; ? -, ce moment spatial et temporel de fixation des choses, ce moment &#233;tale du paysage de Vassivi&#232;re &#224; la fois dans son artificialit&#233;, dans ses temporalit&#233;s et dans ses instants traces&#8230; Ainsi pourrions-nous d&#233;crire la composition visuelle, sculpturale et contemplative qu'est Terre de profondeur&#8230; Une composition qui tisse l'imperceptible, l'invisible, le cach&#233;, l'&#233;coulement d'un temps saisonnier, la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pi&#232;ces sculpturales fa&#231;onn&#233;es par Dominique Ghesqui&#232;re, marqu&#233;es de m&#233;lancolique lenteur et de d&#233;licate patience, faites de feuilles s&#233;ch&#233;es, de foug&#232;res cueillies, d'infimes traces de peinture aux franges incertaines de la disparition tels les mouvements al&#233;atoires de l'&#233;cume, d'un timide rai de lumi&#232;re projet&#233; - vacillement d'une clart&#233; reproduite au plus minimal des moyens -, de terrifiants c&#226;bles &#233;lectriques, s'immiscent en discr&#233;tion &#224; l'int&#233;rieur du centre d'art, du phare plong&#233; dans ses p&#233;nombres au &#171; petit th&#233;&#226;tre &#187; ouvert vers le lac et le barrage. Comme des &#233;l&#233;ments du paysage qui viendraient se nicher, se couler, s'enrouler, s'&#233;tendre, se d&#233;composer, s'effriter &#224; l'int&#233;rieur de ce lieu devenu lui-m&#234;me int&#233;grante partie du paysage si humain qu'est Vassivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De respiration (2013), amas de feuilles s&#233;ch&#233;es appuy&#233; contre le mur circulaire du phare, &#224; passage (2013), sorte de &#171; champ &#187; ou de &#171; prairie &#187; de foug&#232;res ramass&#233;es, collect&#233;es, tout au long d'un automne et m&#233;ticuleusement refix&#233;es (&#171; replant&#233;es &#187;) sur le sol architectural du &#171; petit th&#233;&#226;tre &#187;, l'artiste transporte et double (ou d&#233;double) tout &#224; la fois ce qui pourrait &#234;tre un acte mim&#233;tique de la nature. Un acte de repr&#233;sentation qui nous renverrait vers les peintres de paysage, par exemple. On pense &#224; Courbet et &#224; ses paysages de sous-bois au bord de la Loue. Ainsi, l'&#339;uvre installation respiration d&#233;fie et confirme ces possibles interpr&#233;tations. Si Dominique Ghesqui&#232;re place le visiteur dans l'anodin, le familier d'un tas de feuilles s&#233;ch&#233;es - une nature morte, en quelque sorte, mais qui est dans le devenir m&#234;me de cet acte vivant du temps -, elle le place &#233;galement dans l'alerte de sa perception et de sa sensibilit&#233;. Parce qu'elle isole, soudain, par son geste cet amas, parmi tous les amas de feuilles que le vent accumule, minuscule ph&#233;nom&#232;ne qui nous &#233;chappe, d&#233;cuplant nos sensations, nos tensions, notre attention &#224; vif. Parce qu'elle le fait vibrer dans les clart&#233;s moir&#233;es du phare, &#171; respirer &#187; par un m&#233;canisme dont le son fabriqu&#233; et inqui&#233;tant nous met en &#233;veil : nous h&#233;sitons entre le souffle du vent ou un r&#226;le. Ainsi le &#171; d&#233;placement &#187; auquel proc&#232;de l'artiste se fait, certes, par l'illusion de la repr&#233;sentation, mais elle le fait par le saisissement d'un instant, qui est l&#224; isol&#233; dans les architectures des salles du centre d'art, qui r&#233;sonne dans l'amplitude du lieu dans un saisissement presque originel, discret, cisel&#233; par le cycle des saisons ou par la main industrieuse de l'homme. Un instant passant, radiant ou obscur. D'o&#249; la mise au jour d'un aiguisement du regard et du monde. Et le trouble accompagn&#233; de d&#233;s&#233;quilibres qui prennent le visiteur lorsqu'il s'aventure sur cette terre de profondeur, ce sol craquel&#233;, fragment&#233;, instable, en terre cuite, qui occupe tout le sol de la nef, diffracte un moment singulier de l'histoire de l'&#238;le et du lac. Ce moment, en 1995, o&#249; le lac fut pour la deuxi&#232;me fois vidang&#233; laissant affleurer des couches de limon, des lignes d'un paysage enseveli, ignor&#233;, qui dispara&#238;tra encore. Comme une remont&#233;e d'un monde d'avant le paysage, d'avant le maintenant de ce paysage de Vassivi&#232;re dont Dominique Ghesqui&#232;re d&#233;voile les dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit Ghesqui&#232;re qui, ici, approfondit encore son travail ant&#233;rieur sur les objets et les &#233;l&#233;ments naturels ? Que tout paysage est artifice, composition, tissage, d&#233;doublement, ou construction ? Que ce paysage qu'elle replace dans le c&#339;ur d'un &#171; paysage d'exposition &#187; est tout aussi vou&#233; &#224; la disparition, &#224; l'effacement, &#224; ce temps but&#233; de la mort : celui des saisons, celui de l'exposition elle-m&#234;me. Et ainsi, le temps de l'exposition se coule dans le temps humain ou de la nature. Le geste artistique &#233;tant cette superbe et translucide saisie de l'inexorable et de l'infime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marjorie Micucci&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monde englouti, Julie Portier, 2013</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Le-monde-englouti</link>
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		<dc:date>2013-03-04T16:35:07Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Dominique Ghesqui&#232;re a pass&#233; l'automne en r&#233;sidence sur l'&#238;le de Vassivi&#232;re, dans le Limousin. Une exp&#233;rience de solitude, une immersion dans la nature embras&#233;e avant son long sommeil hivernal dont les brises froides apportent la nouvelle. Un temps mort, un temps de recherche enfin, qui a abouti au fond du lac, sur cette terre r&#233;v&#233;l&#233;e tous les vingt ans pendant la vidange du barrage &#233;lectrique et qui renferme le souvenir d'un monde englouti. La deuxi&#232;me exposition au Centre international (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dominique-ghesquiere.com/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dominique Ghesqui&#232;re a pass&#233; l'automne en r&#233;sidence sur l'&#238;le de Vassivi&#232;re, dans le Limousin. Une exp&#233;rience de solitude, une immersion dans la nature embras&#233;e avant son long sommeil hivernal dont les brises froides apportent la nouvelle. Un temps mort, un temps de recherche enfin, qui a abouti au fond du lac, sur cette terre r&#233;v&#233;l&#233;e tous les vingt ans pendant la vidange du barrage &#233;lectrique et qui renferme le souvenir d'un monde englouti.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me exposition au Centre international d'art et du paysage de Vassivi&#232;re sous la direction de Marianne Lanav&#232;re signe la poursuite d'une programmation pens&#233;e en dialogue avec le site, qui promet de donner mati&#232;re &#224; renouveler les arguments critiques sur les descendances du land art au regard d'attitudes contemporaines et, en l'occurrence, assez peu connues. Une fois de plus l'architecture immod&#233;r&#233;ment postmoderne d'Aldo Rossi met au d&#233;fi une oeuvre qui trouve ici l'espace de se d&#233;ployer en manifestant sa coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attentif aux forces &#233;l&#233;mentaires et aux comportements des mat&#233;riaux, le plus souvent naturels, l'art de Dominique Ghesqui&#232;re prend ici le parti d'un geste &#233;conome - bien que muscl&#233; et laborieux - de d&#233;placement, du dehors vers le dedans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le phare s'amassent les feuilles mortes pouss&#233;es par le vent ; elles constituent un corps informe, blotti contre le mur d'enceinte, &#233;trangement anim&#233; par une l&#233;g&#232;re respiration. Dans la nef, l'artiste a recouvert le sol d'argile qui en s&#233;chant s'est discr&#232;tement r&#233;tract&#233;e (s'&#233;loignant des plinthes de l'espace d'exposition comme pour signaler son autonomie) et terriblement fissur&#233;, figurant le paysage aride et d&#233;sol&#233; du lac vid&#233; : une apocalypse furtive. D&#233;j&#224; cette &#034;mati&#232;re-&#233;motion&#034;, comme la nomme le po&#232;te Michel Collot dans le texte du catalogue, ench&#226;sse un plus ample r&#233;cit que celui du lac artificiel ; elle &#233;voque, par une exp&#233;rience physique tr&#232;s particuli&#232;re, l'&#233;vaporation du fluide vital (l'eau du lac comme la s&#232;ve des feuilles). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'installation semble-t-elle redire un geste minimal (d'un Walter De Maria par exemple), elle serait &#224; rattacher au genre de la vanit&#233;. L'importation de la nature dans l'espace d'exposition chez Dominique Ghesqui&#232;re para&#238;t transposer l'acte de cadrage de la photographie ou de la peinture de paysage, son inscription dans le champ de l'art permettant d'enfin la regarder. Son &#339;uvre est &#224; n'en pas douter travers&#233;e par la question de la repr&#233;sentation &#224; laquelle r&#233;pond une abstention, sa substitution par un d&#233;placement du vivant dans un cadre o&#249; il est vou&#233; &#224; mourir. Cette m&#233;lancolie s&#233;v&#232;re nous atteint toujours par une image douce, comme cette peinture tr&#232;s dilu&#233;e sur le sol de la salle situ&#233;e au niveau -1, faisant appara&#238;tre en transparence sur le b&#233;ton un &#233;v&#232;nement fugace observ&#233; &#224; la surface de l'eau. Le d&#233;sir de go&#251;ter la nature, d'acc&#233;der au r&#233;el est diff&#233;r&#233; dans une frustration contemplative. La violence cach&#233;e dans l'ombre d'une &#339;uvre aux allures bucoliques s'aper&#231;oit &#224; l'&#233;tage dans un chaos de fils &#224; haute tension d'une &#233;tonnante force plastique. Contrastant prodigieusement avec ces lianes d'acier d&#233;brid&#233;es, la derni&#232;re salle voit pousser un champ de foug&#232;res fan&#233;es, d&#233;licats morts-vivants qui barrent l'acc&#232;s &#224; l'unique petite fen&#234;tre permettant d'observer la lac. Pour de bon, la vision po&#233;tique formule &#224; qui osera l'entendre un message politique grave et ce en suscitant une forme d'&#233;merveillement devant ce qui atteste pourtant d'une disparition (de la nature et du r&#233;el), la logique trouvant une terrifiante sym&#233;trie dans ce lac cr&#233;&#233; pour des besoins &#233;nerg&#233;tiques avant d'y d&#233;velopper un &#034;tourisme vert&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julie Portier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOMINIQUE GHESQUIERE, TERRE DE PROFONDEUR, &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au 31 mars, Centre international d'art et du paysage, Ile de Vassivi&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
87120 Beaumont-du-Lac, t&#233;l. 05 55 69 27 27,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ciapiledevassiviere.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ciapiledevassiviere.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
www.uncoupded&#233;s.net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ghesqui&#232;re &#224; Vassivi&#232;re : du lieu &#224; l'oeuvre, Michel Collot, 2013</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Ghesquiere-a-Vassiviere-du-lieu-a</link>
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		<dc:date>2013-01-29T13:33:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Ghesqui&#232;re &#224; Vassivi&#232;re : du lieu &#224; l'&#339;uvre &lt;br class='autobr' /&gt; Le visiteur qui d&#233;couvre le site de Vassivi&#232;re est d'abord frapp&#233; par la puissance et la beaut&#233; de la nature qui s'y d&#233;ploie en un double oc&#233;an v&#233;g&#233;tal et liquide. En son centre, l'&#238;le qui &#233;merge des flots appara&#238;t en &#233;t&#233; comme un bijou serti par deux anneaux d'&#233;meraude et de saphir. Ce ravissant spectacle correspond &#224; l'un des arch&#233;types les plus anciens de notre imaginaire. Mais cette r&#234;verie naturaliste est vite dissip&#233;e par une &#233;vidence : ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dominique-ghesquiere.com/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ghesqui&#232;re &#224; Vassivi&#232;re : du lieu &#224; l'&#339;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le visiteur qui d&#233;couvre le site de Vassivi&#232;re est d'abord frapp&#233; par la puissance et la beaut&#233; de la nature qui s'y d&#233;ploie en un double oc&#233;an v&#233;g&#233;tal et liquide. En son centre, l'&#238;le qui &#233;merge des flots appara&#238;t en &#233;t&#233; comme un bijou serti par deux anneaux d'&#233;meraude et de saphir. Ce ravissant spectacle correspond &#224; l'un des arch&#233;types les plus anciens de notre imaginaire. Mais cette r&#234;verie naturaliste est vite dissip&#233;e par une &#233;vidence : ce lac est artificiel, pur produit de la technique moderne. Le paysage ne serait-il qu'un effet de l'art, entendu au double sens technologique et artistique de ce terme ? D'ailleurs l'&#238;le n' est-elle pas devenue un Centre d'art ? Mais il s'agit d'un Centre international d'art et du paysage et cette appellation invite &#224; r&#233;fl&#233;chir aux liens qui peuvent unir la cr&#233;ation contemporaine, la technique et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dominique Ghesqui&#232;re ne pouvait qu'&#234;tre sensible &#224; cette invitation, elle qui, dans beaucoup de ses &#339;uvres, a su jouer des rapports ambigus qu'entretiennent ces trois instances. En r&#233;sidence sur l'&#238;le de Vassivi&#232;re, elle s'est impr&#233;gn&#233;e de l'esprit et de l'histoire du lieu pour concevoir une s&#233;rie d'&#339;uvres qui font entrer le paysage &#224; l'int&#233;rieur des b&#226;timents du Centre d'art. Elle n'a nullement cherch&#233; &#224; en donner une vue d'ensemble mais bien plut&#244;t &#224; surprendre ce qu'il d&#233;robe au regard : sa part secr&#232;te, sa doublure invisible, qui ne se r&#233;v&#232;le que par fragments, dans les interstices du visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Qu'est-ce qui se cache sous ce plan d'eau qui a englouti plusieurs hameaux et de nombreux espaces cultiv&#233;s ? On l'a d&#233;couvert avec stupeur lorsque le lac a &#233;t&#233; vidang&#233;, en 1971 et en 1995, laissant appara&#238;tre le limon qui s'&#233;tait d&#233;pos&#233; au fond, d&#233;voilant les dessous terrestres de ce paysage lacustre. Les limites anciennes des cultures que la mise en eau avait noy&#233;es avaient &#233;t&#233; effac&#233;es et remplac&#233;es par d'autres lignes, qui suivaient les reliefs et les courbes du terrain et se ramifiaient, &#224; mesure que le fond s'ass&#233;chait, en une infinit&#233; de rides et de craquelures de plus en plus profondes, graphisme al&#233;atoire d'une extraordinaire et mouvante complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; ce d&#233;voilement, Dominique Ghesqui&#232;re n'avait pu assister mais, &#224; partir des photos qui en ont &#233;t&#233; prises, elle a &#233;prouv&#233; une v&#233;ritable fascination pour ces arborescences apparues alors &#224; la surface de la terre. Elle en a obtenu un &#233;quivalent en laissant s&#233;cher une grande couche de terre qui s'est fissur&#233;e selon de multiples fentes au trac&#233; impr&#233;visible ; elle en a fix&#233; le dessin en faisant cuire les morceaux qui s'&#233;taient peu &#224; peu d&#233;tach&#233;s avant de les assembler pour en recouvrir le sol de la Nef, la transformant ainsi en une mati&#232;re-&#233;motion, porteuse d'une m&#233;moire terrienne. Mais l'eau n'est pas loin, puisque un faisceau de lumi&#232;re fait danser ses reflets sur le mur de cette nef qui est aussi un navire, comme le sugg&#232;re l'architecture de l'&#233;difice. Rimbaud avait r&#234;v&#233; d'&#233;tablir &#171; un salon au fond d'un lac &#187;, Ghesqui&#232;re a install&#233; le fond du lac dans une salle du Centre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La nature investit aussi le phare qui sert &#224; la fois d'amer et de belv&#233;d&#232;re ; non pas gr&#226;ce &#224; l'immense panorama qu'on d&#233;couvre depuis son sommet mais gr&#226;ce &#224; l'intervention de l'artiste, qui la fait p&#233;n&#233;trer par la porte d'en bas, au pied de l'escalier. Elle a remarqu&#233; qu'en automne le vent y poussait et y entassait les feuilles tomb&#233;es des arbres. Plus qu'&#224; la splendeur des couleurs suspendues &#224; la cime des for&#234;ts environnantes, Ghesqui&#232;re s'est attach&#233;e &#224; ce rebut d&#233;chu qu'on foule aux pieds et qu'on balaie pour faire place nette ; elle en r&#233;v&#232;le la beaut&#233; m&#233;pris&#233;e et la fait vivre d'une seconde vie en l'animant d'une respiration artificielle, qui para&#238;t pourtant naturelle, comme celle d'un corps endormi dans un sommeil paisible. On appelle dormance l'hibernation du v&#233;g&#233;tal, qui est aussi un &#233;tat de veille, pr&#233;ludant aux v&#233;g&#233;tations futures. En mettant ainsi &#224; nu la peau du lac et en faisant respirer un tas de feuilles mortes, Ghesqui&#232;re donne corps et vie &#224; la chair du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature ne fournit pas seulement &#224; l'artiste la mati&#232;re premi&#232;re de ses &#339;uvres mais aussi un r&#233;servoir de formes in&#233;puisables parce qu'en perp&#233;tuelle m&#233;tamorphose. Aux reflets mobiles de l'eau projet&#233;s sur le mur de la Nef r&#233;pondent les arabesques capricieuses et sinueuses de l'&#233;cume peintes sur le sol de l'Atelier. Dans le Petit Th&#233;&#226;tre, c'est une dentelle aussi d&#233;licate et mouvante que dessinent les feuilles des foug&#232;res : apparemment toutes identiques et pourtant toutes diff&#233;rentes, elles initient le visiteur &#224; l'infinie vari&#233;t&#233; des choses, qu'il peut parcourir du regard en suivant le trac&#233; du passage m&#233;nag&#233; par l'artiste &#224; travers ce fourr&#233; v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Attentive aux le&#231;ons de la nature, Dominique Ghesqui&#232;re n'oublie pas pour autant que le site de Vassivi&#232;re a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; par la construction d'un barrage qui fournit son &#233;nergie &#224; la centrale &#233;lectrique situ&#233;e en contre-bas. La technique fait d&#233;sormais partie int&#233;grante de nos paysages et l'artiste n'h&#233;site pas &#224; associer ses instruments aux &#233;l&#233;ments naturels, au prix il est vrai d'un subtil d&#233;tournement de leur fonction utilitaire. Le c&#226;ble &#224; haute tension qui s'enroule et s'enchev&#234;tre dans la Salle des &#201;tudes semble l'ouvrir aux grands espaces et aux flux a&#233;riens &#224; travers lesquels il sert &#224; transporter le courant &#233;lectrique. En &#233;mancipant les isolateurs de leur emplacement et de leur r&#244;le habituels, Ghesqui&#232;re donne &#224; voir pour elles-m&#234;mes leurs formes insolites et leur mati&#232;re translucide, travaill&#233;es de mani&#232;re &#224; diffracter comme un prisme la lumi&#232;re naturelle, autre source d'&#233;nergie et de vie sur la Terre. La seule &#339;uvre install&#233;e en ext&#233;rieur inscrit sur une route l'ombre des fils et des poteaux &#233;lectriques qui la longeaient nagu&#232;re et qui sont &#224; pr&#233;sent enterr&#233;s, faisant ainsi ressurgir les traces d'une m&#233;moire enfouie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On se prend &#224; r&#234;ver d'une r&#233;conciliation possible entre la nature et la technique, qui a d&#233;truit tant de paysages mais qui peut aujourd'hui en construire de nouveaux, en s'adaptant aux &#233;quilibres naturels au lieu de les perturber. C'est la t&#226;che que se sont assign&#233;e les paysagistes et &#224; laquelle contribue &#224; sa mani&#232;re, si singuli&#232;re et si originale, Dominique Ghesqui&#232;re. Elle fait vivre les formes et les mati&#232;res naturelles gr&#226;ce &#224; une technique artistique qui n'exclut pas de recourir aux ressources d'une technologie tr&#232;s fine voire d'une ing&#233;nierie discr&#232;te mais efficace. Les &#339;uvres qu'elle expose en ce lieu dont elle s'inspire en le transformant pour y marquer son empreinte &#233;ph&#233;m&#232;re r&#233;pondent bien &#224; la double vocation d'un centre d'art et du paysage, &#171; exau&#231;ant &#187; ainsi, selon le mot de Claudel, &#171; le v&#339;u latent &#187; d'un &#171; site &#187; exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Collot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;oise-Aline Blain, 2013</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Francoise-Aline-Blain-2013</link>
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		<dc:date>2013-01-08T20:40:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Terre de profondeur, Centre international d'art et du paysage, &#238;le de Vassivi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'issue d'une r&#233;sidence, Dominique Ghesqui&#232;re pr&#233;sente une s&#233;rie de sculptures en lien avec l'histoire du lac et de l'&#238;le. Emouvant de po&#233;sie.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle a fait du monde son atelier, et des objets du quotidien, une &#233;tranget&#233; discr&#232;te. A la faveur d'une r&#233;sidence de trois mois, l'artiste Dominique Ghesqui&#232;re (n&#233;e en 1953) investit le c&#233;l&#232;bre b&#226;timent du Centre international d'art et du paysage, construit par Aldo Rossi et Xavier Fabre, avec une s&#233;rie de pi&#232;ces en lien avec l'histoire du lac de Vassivi&#232;re, sa m&#233;moire, sa flore et sa g&#233;ographie. Son id&#233;e : &#034;rendre le paysage sensible et lui donner une &#226;me&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la longue nef, la terre semble arrach&#233;e &#224; son destin. Impressionnante de beaut&#233;, l'&#339;uvre s'intitule &#034;Terre de profondeur&#034; et prend possession des lieux et du visiteur sur pr&#232;s de 200 m&#178;. Ce sol craquel&#233; en terre cuite, sorte de sculpture all over r&#233;alis&#233;e avec l'artisan Alain Bouisset, est une &#233;vocatoin du fond du lac. &#034;Lorsque la retenue d'eau est vidang&#233;e, tous les dix ans environ, l'eau s'&#233;vapore, la terre se r&#233;tracte, se fissure et semble se dessiner elle-m&#234;me&#034;, explique l'artiste. Un sol qui laisse affleurer la m&#233;moire des lieux, enfouie dans l'&#233;paisseur sensuelle et douce&#226;tre de la terre. Une partie invisible au regard et pourtant l&#224;, bien vivante. L'exposition se poursuit, dans le phare, entre feuilles mortes qui respirent et peinture d'&#233;cume. Plus loin, une s&#233;rie d'isolateurs diffracte la lumi&#232;re jusqu'&#224; l'infini. Dans le petit th&#233;atre, un tapis de foug&#232;res &#233;merge du parquet. On sort de ce parcours avec le doute au fond des yeux. Comme si l'artiste voulait annuler la perte et l'oubli pour se confronter &#224; la fragilit&#233; du monde. Un regard vibrant d'une intense po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise-Aline Blain&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie-Louise Botella, 2012</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Marie-Louise-Botella-2012</link>
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		<dc:date>2012-09-26T09:27:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Arbres morts, grillages, &#233;corces sombres, bois, feuilles, dans une lumi&#232;re du jour blafarde, l'odeur de la for&#234;t fan&#233;e, le son d'un oiseau, le long couloir et la cellule entrent en jeu dans un dispositif qui saisit par son aspect brut. Dominique Ghesqui&#232;re, artiste r&#233;alise et d&#233;veloppe dans l'espace un &#233;crin pour notre imaginaire.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Arbres morts, grillages, &#233;corces sombres, bois, feuilles, dans une lumi&#232;re du jour blafarde, l'odeur de la for&#234;t fan&#233;e, le son d'un oiseau, le long couloir et la cellule entrent en jeu dans un dispositif qui saisit par son aspect brut. Dominique Ghesqui&#232;re, artiste r&#233;alise et d&#233;veloppe dans l'espace un &#233;crin pour notre imaginaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisant plonger dans la m&#233;moire de notre enfance, elle prend plaisir &#224; contraindre la nature pour cr&#233;er une &#339;uvre d'une sombre beaut&#233; qui oscille aux fronti&#232;res du r&#233;el entre trag&#233;die contemporaine aux accents de science fiction et contes de Grimm.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre s'enracine dans l'ancien pavillon psychiatrique 3 bis f. Tel un jardin soudainement plant&#233;, r&#233;solu &#224; envahir l'espace, encercl&#233; de fragiles barri&#232;res qui tentent d'endiguer son expansion. Les pi&#232;ces offrent un point d'acc&#232;s facile, tandis que le frisson de vie qui les traverse les met &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les titres de ses pi&#232;ces jouent aussi de ce paradoxe. Dominique Ghesqui&#232;re ne met jamais de majuscules au titre de ses oeuvres, afin d'&#233;voquer un &#034;nom commun&#034;. Ces &#339;uvres r&#233;ifi&#233;es, objectiv&#233;es, sont marqu&#233;es du sceau commun qui nous est appos&#233;, par opposition aux Dieux, ou &#224; l'&#233;lite (aristocratie), ou tout au moins aux personnes qui s'en r&#233;clament. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces objets, et particuli&#232;rement leur titre, sont r&#233;duits &#224; l'extr&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se pr&#233;sentent sans masque (&#224; priori). Ils sont sans qualit&#233; : oiseau trouv&#233;, automne, grillage. Cela nous donne &#224; penser qu'ils fonctionnent dans l'espace, en objet utilitaire, qu'ils ont une fonction. Et le titre donne raison &#224; cette premi&#232;re lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvres vives est un titre d&#233;tourn&#233; du vocabulaire de la navigation. Ce terme d&#233;signe les car&#232;nes du bateau, la partie immerg&#233;e. Les formes de car&#232;nes qui sont affin&#233;es telles des lames, favorisant l'avanc&#233;e du bateau tout en lui conservant sa stabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qui fait avancer, sans &#234;tre vu. Ce qui est important, mais masqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agirait de souligner par ces titres, l'usage des outils / concepts utilis&#233;s par l'artiste, et &#224; partir desquels elle b&#226;tit son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 15e si&#232;cle, le travail de l'esprit dans l'art tient la plus grande part : l'art est &#034;cosa mentale&#034; avait &#233;crit L&#233;onard de Vinci selon Vasari, (premier historien de l'art). En somme, tout artiste qui privil&#233;gie le &#034;disegno&#034;, la conception par le biais du dessin (au sens large), participerait de l'Art conceptuel. Il s'agit alors de limiter le travail de l'artiste &#224; la production de d&#233;finitions de l'art, de r&#233;pondre &#224; la question &#034;Qu'est-ce que l'art ?&#034; par les moyens de la logique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Art conceptuel, dans une acception large, est fond&#233; sur l'affirmation de la primaut&#233; de l'id&#233;e sur la r&#233;alisation. En cons&#233;quence, tout un pan de l'histoire de l'art peut &#234;tre qualifi&#233; de &#034;conceptuel&#034;. Nous prenons l'exemple de Kosuth et de son &#339;uvre de 1965 &#034;One and three chairs&#034;, dans laquelle nous voyons une installation compos&#233;e d'une chaise en bois pliante et commune appuy&#233;e contre le mur, avec &#224; sa gauche un tirage photographique en noir et blanc de cette m&#234;me chaise et &#224; sa droite, la d&#233;finition de chaise tir&#233;e du dictionnaire. L'analyse formelle est limit&#233;e, tandis que l'analyse conceptuelle est exponentielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kosuth montre &#224; la fois l'unit&#233;, puisque cela renvoie &#224; un m&#234;me objet, mais &#233;galement &#224; l'irr&#233;ductibilit&#233; de chacune de ces chaises aux deux autres. Il montre tout &#224; la fois l'objet chaise, la r&#233;f&#233;rence tridimensionnelle, l'id&#233;e de la chaise, sa repr&#233;sentation linguistique, et la repr&#233;sentation photographique de celle-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions comparer cette installation &#224; une fiche d'identit&#233; judiciaire, hors contexte artistique, exempte de toute narrativit&#233;. L'int&#233;r&#234;t se porte aux multiples aspects de l'id&#233;e, et non aux formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le fonctionnement de la pi&#232;ce, l'oiseau pris au pi&#232;ge, la for&#234;t d'automne, aux feuilles vertes, le grillage qui perd de sa mat&#233;rialit&#233;, tout en marquant un cercle pr&#233;cis sans que rien n'y soit pris au pi&#232;ge, pourrait nous indiquer une autre lecture, l'entr&#233;e dans un autre espace, po&#233;tique, hors temps... L'artiste fait r&#233;f&#233;rence aux contes par le biais de ces &#233;l&#233;ments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs contes peuvent nous venir &#224; l'esprit. Par exemple, Hansel et Gretel, histoire d'une sorci&#232;re cannibale qui attrape Hansel et l'enferme derri&#232;re un grillage solide, obligeant la petite s&#339;ur &#224; engraisser son fr&#232;re avant de le cuisiner. Ou bien encore, l'Oiseau bleu, prisonnier d'un if entour&#233; d'&#233;p&#233;es, en fait un prince qu'un sort rend prisonnier de cette forme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou d'autres encore&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce voyage souterrain aux formes puissantes et ac&#233;r&#233;es que nous invite cette installation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou comment r&#233;soudre un paradoxe, entre une lecture de l'art conceptuel et la petite histoire de l'art, art narratif, anecdotique. La puissance est bien ailleurs, souterraine et rapide. A l'image du Witz freudien, trait de l'esprit, nonsense (en anglais), rapide comme l'&#233;clair, qui nous permet en un instant de comprendre jeux de mots, histoires dr&#244;les ou tout autre invention de l'esprit,qui appara&#238;t soudainement, s'imposant par sa puissance et sa rapidit&#233;. Autre face du lapsus. Apparition de l'imagination et de sa puissance formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Louise Botella&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emmanuel Posnic, 2012</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Emmanuel-Posnic-2012</link>
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		<dc:date>2012-09-25T20:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Si le travail de Dominique Ghesqui&#232;re n'emprunte rien &#224; la s&#233;duction du trompe-l'oeil, il puise tout de m&#234;me dans la rh&#233;torique du faux-semblant. Les oeuvres qu'elle r&#233;alise prennent diff&#233;rents aspects : ce sont des objets de vie, que l'on utilise au quotidien ou qui composent le paysage commun. Grillage, escabeau, journal papier, mur de briques, tapis de salon. Tous ici supplant&#233;s par leurs artefacts. Des artefacts &#224; ne pas consid&#233;rer comme identiques donc. Disons plut&#244;t similaires. Comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le travail de Dominique Ghesqui&#232;re n'emprunte rien &#224; la s&#233;duction du trompe-l'oeil, il puise tout de m&#234;me dans la rh&#233;torique du faux-semblant. Les oeuvres qu'elle r&#233;alise prennent diff&#233;rents aspects : ce sont des objets de vie, que l'on utilise au quotidien ou qui composent le paysage commun. Grillage, escabeau, journal papier, mur de briques, tapis de salon. Tous ici supplant&#233;s par leurs artefacts. Des artefacts &#224; ne pas consid&#233;rer comme identiques donc. Disons plut&#244;t similaires. Comme une esp&#232;ce de g&#233;mellit&#233; contrari&#233;e qui ne se voit pas au premier regard mais s'observe pourtant &#224; plusieurs endroits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont d'abord les mat&#233;riaux qui creusent la dissonance. Un escabeau r&#233;alis&#233; en biscuit de fa&#239;ence (escabeau, 2008), un mur de briques sculpt&#233; avec du sable (Mur de sable, 2008), un quotidien dont les pages (textes et images) sont repris en broderie (journaux, 2009). Chaque objet-sculpture s'en r&#233;f&#232;re &#224; l'objet d'origine bien qu'il s'en &#233;loigne dans la mat&#233;rialisation. Nous ne sommes ni dans l'hyperr&#233;alisme, ni dans la redite du ready-made. Dominique Ghesqui&#232;re r&#233;invente l'objet par son contraire. La stabilit&#233; du mur mise au pas par la fragilit&#233; du friable. L'urgence de l'information r&#233;duite &#224; n&#233;ant par la patience du fil brod&#233;. La banalit&#233; de l'escabeau balay&#233;e par la puret&#233; de la porcelaine. A tous les coups, c'est une mani&#232;re d'aborder le sacro-saint &#171; mod&#232;le &#187;, celui sur lequel s'est fond&#233;e l'histoire de l'art occidental depuis Platon, par le pl&#233;onasme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du glissement par l'absurde, Dominique Ghesqui&#232;re fabrique des images tangibles du monde r&#233;el. Le flou qu'elle cultive dans la d&#233;signation des objets pointe une sorte de contradiction et paradoxalement une certaine forme d'habilet&#233; &#224; activer nos d&#233;sirs m&#233;lang&#233;s de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre le multifonction, synonyme de consommation &#171; intelligente &#187; et la pi&#232;ce unique, ultime raffinement de la consommation de masse, il s'agit toujours de s'approprier les objets et de les entourer de r&#233;cits propre &#224; satisfaire les tendances de la vie moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; ces items qui fleurissent (l'&#233;cologie, le durable, le bien-&#234;tre, la tradition, l'innovation, la simplicit&#233;, le luxe) et que l'on applique &#224; nos paysages familiers. En &#233;cornant le &#171; mod&#232;le &#187;, en singeant sa banalit&#233; nue, Dominique Ghesqui&#232;re nous dit &#224; quel point regarder et utiliser l'objet ne suffit plus. Il faut aussi dor&#233;navant lui redonner du sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette trajectoire inspir&#233;e du storytelling, le double-sculpt&#233; la d&#233;passe. D&#233;tourner la matrice, c'est aussi pour Dominique Ghesqui&#232;re un moyen de prolonger le temps de l'objet. De lui offrir l'&#233;ternit&#233; propre &#224; l'oeuvre d'art. Cette permanence traverse justement les pi&#232;ces o&#249; l'imminence est la plus forte : le journal imprim&#233; en fil brod&#233;, les partitions de musique &#233;crites sur un bandeau continu simulant les bandes magn&#233;tiques (partition pour tous, 2007), les gouttes de pluie suspendues sur une vitre (pluie permanente, 2008), les pains de sable fig&#233;s avant l'&#233;parpillement en grains (le mur de sable se rattache &#233;galement &#224; l'imagerie des conflits arm&#233;s et &#224; toutes ces protections de fortune par essence transitoire).&lt;br class='autobr' /&gt;
A chaque fois, il s'agit d'annuler la perte, l'oubli, la superposition. Pour fixer des &#233;tats, des s&#233;quences, des moments dans la confusion de l'instantan&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Penser r&#234;ver &#187;, comme le dit le titre, c'est maintenir ce juste &#233;quilibre entre l'&#233;ternit&#233; et le pr&#233;sent, le factice et le r&#233;el. Entre l'objet-ic&#244;ne et l'objet usuel. Pour Dominique Ghesqui&#232;re, l'un ne va pas sans l'autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Corinne Rondeau, 2011</title>
		<link>https://dominique-ghesquiere.com/Corinne-Rondeau-2011</link>
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		<dc:date>2012-09-24T20:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;L'entretien entre Dominique Ghesqui&#232;re et Fr&#233;d&#233;ric Oyhar&#231;abal r&#233;sonne avec une &#233;tonnante justesse dans les oeuvres reproduites pour cette monographie &#233;dit&#233;e par le FRAC Bourgogne. Comme en retrait et bien que faite de d&#233;tours, la parole r&#233;pond exactement &#224; la perception insolite du travail. Pr&#233;cise et flottante, l'artiste d&#233;voile une pens&#233;e qui ne cherche pas &#224; prouver la justesse de ses actes plastiques, mais &#224; se tenir aux aguets de la vie comme on se tient &#224; l'&#233;coute de son interlocuteur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dominique-ghesquiere.com/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'entretien entre Dominique Ghesqui&#232;re et Fr&#233;d&#233;ric Oyhar&#231;abal r&#233;sonne avec une &#233;tonnante justesse dans les oeuvres reproduites pour cette monographie &#233;dit&#233;e par le FRAC Bourgogne. Comme en retrait et bien que faite de d&#233;tours, la parole r&#233;pond exactement &#224; la perception insolite du travail. Pr&#233;cise et flottante, l'artiste d&#233;voile une pens&#233;e qui ne cherche pas &#224; prouver la justesse de ses actes plastiques, mais &#224; se tenir aux aguets de la vie comme on se tient &#224; l'&#233;coute de son interlocuteur ou au fil de l'eau pour en relever une onde singuli&#232;re : &#171; J'ai conscience d'une vraie lenteur &#224; la fois dans ma vie et dans mon travail. Je ressens le temps d'&#233;laboration puisque je fabrique des objets et je ne les comprends que longtemps apr&#232;s &#187;. L'un des deux auteurs, Philippe Pirotte ne s'y trompe pas en parlant d'opacit&#233; &#224; propos de ces &#171; choses &#187; (canap&#233;, lustre, pneu&#8230;) qui perdent leur signification, ou d'un certain mutisme comme &#171; l'&#233;cho d'un no man's land ou m&#234;me d'un d&#233;sert discursif. &#187; Les r&#233;f&#233;rences cit&#233;es dans l'entretien de Dominique Ghesqui&#232;re sont pourtant nombreuses (litt&#233;raire, picturale, historique) mais elle montre une attention particuli&#232;re &#224; les d&#233;ployer hors d'elles-m&#234;mes. Marie de Brugerolle commettra d'autres r&#233;f&#233;rences, afin de d&#233;montrer que le trouble et la fragilit&#233; de l'oeuvre sont strat&#232;ges du visible et suspension du r&#233;el.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Conversation avec Dominique Ghesqui&#232;re, Fr&#233;d&#233;ric Oyhar&#231;abal , 2011</title>
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		<dc:date>2012-09-23T19:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Oyhar&#231;abal : Lorsque j'ai commenc&#233; &#224; aborder ton travail, il m'est apparu dans un premier temps comme un peu atemporel, un peu en dehors des tendances artistiques &#224; la mode. Cela tient, je pense, au fait que tes &#339;uvres g&#233;n&#232;rent un espace autonome, qu'elles semblent presque faire fi de l'espace d'exposition, du bruit autour. Le temps passant, car il m'a fallu du temps, je suis de plus en plus persuad&#233; que tes &#339;uvres sont au contraire tr&#232;s en phase avec ce qui se passe aujourd'hui. Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Oyhar&#231;abal : Lorsque j'ai commenc&#233; &#224; aborder ton travail, il m'est apparu dans un premier temps comme un peu atemporel, un peu en dehors des tendances artistiques &#224; la mode. Cela tient, je pense, au fait que tes &#339;uvres g&#233;n&#232;rent un espace autonome, qu'elles semblent presque faire fi de l'espace d'exposition, du bruit autour. Le temps passant, car il m'a fallu du temps, je suis de plus en plus persuad&#233; que tes &#339;uvres sont au contraire tr&#232;s en phase avec ce qui se passe aujourd'hui. Je parlerais d'une forme d'attention, d'acuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Ghesqui&#232;re : C'est important pour moi l'attention, cette id&#233;e de la conscience d'&#234;tre en relation avec le paysage qui m'entoure. Je pense que mon travail a beaucoup &#224; voir avec cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : J'ai relev&#233; un jour cette phrase de Wittgenstein qui me fait penser &#224; ton travail : &#171; C'est sur le sol raboteux du r&#233;el que se dresse la fantaisie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Je guette dans la vie courante le d&#233;tail, le l&#233;ger d&#233;placement de l'ordinaire qui tout d'un coup me surprend et ensuite me fait r&#234;ver. Mes pi&#232;ces ont une r&#233;f&#233;rence tr&#232;s concr&#232;te &#224; la vie de tous les jours, il y a toujours un premier point d'acc&#232;s facile. C'est un peu comme les contes qui parlent des choses de la vie mais qui n'expliquent pas. Mon travail ne d&#233;crit pas et n'explique pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Oui, mais comme les contes, ton travail parle de moments particuliers de la vie, de moments de transition, de perte de rep&#232;res et de doute. D'ailleurs, on en fait concr&#232;tement l'exp&#233;rience car on a souvent envie de toucher tes &#339;uvres pour v&#233;rifier et comprendre. J'aime beaucoup ce que dit Eva Gonz&#225;lez&#8209;Sancho : &#171; Tu te rinces l'&#339;il avec la possibilit&#233; d'un toucher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : C'est la mati&#232;re qui parle. Elle est d&#233;solidaris&#233;e de sa fonction habituelle et emport&#233;e dans une sorte de fiction qui donne un acc&#232;s au corps, au toucher, m&#234;me si &#231;a reste imaginaire. Le tapis de laine dont les brins sont simplement juxtapos&#233;s sur le sol est une image. Pourtant il ressemble tant &#224; un tapis qu'on aimerait v&#233;rifier avec la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est comme si tapis avait une vie propre, par une sorte de magie qui me fait penser &#224; celle que les soci&#233;t&#233;s primitives accordaient aux objets et aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Je pense &#224; la remarque de ton amie au moment de ton exposition &#224; La BF15&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exposition Vague sc&#233;l&#233;rate, La BF15 &#8211; Espace d'art contemporain, Lyon, 18 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle te demandait pourquoi tu n'avais pas utilis&#233; du vieux plancher pour r&#233;aliser parquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Il y a un certain degr&#233; d'abstraction dans mon travail. Je ne cherche pas &#224; m'arr&#234;ter &#224; la vraisemblance mais plut&#244;t &#224; trouver la justesse qui permet d'ouvrir sur autre chose. Dans l'exposition Vague sc&#233;l&#233;rate, les murs sont invraisemblablement propres, le sol aussi. Les lattes tiennent par la tension due &#224; leur entrecroisement, leur poids, ou leur calage. J'ai choisi de ne pas montrer de lattes cass&#233;es. Il y a une limite que je ne franchis pas, celle du m&#233;lodrame, d'un certain pathos, du spectaculaire. Je donne des indices. Je cherche juste &#224; me glisser dans le paysage. Je cherche simplement la pr&#233;cision et le n&#233;cessaire, alors je suis souvent amen&#233;e &#224; supprimer, &#233;laguer. Pour moi c'est tr&#232;s important de rester dans le quotidien. Je me sers toujours d'objets qui sont le plus g&#233;n&#233;rique possible, des objets moyens, que tout le monde conna&#238;t. C'est &#231;a qui me permet d'atteindre un certain degr&#233; d'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Quand je suis all&#233; &#224; la galerie Chez Valentin voir ton exposition penser r&#234;ver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exposition penser r&#234;ver, Galerie Chez Valentin, Paris, 21 novembre &#8211; 29 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai vraiment eu la sensation d'entrer dans un espace qui n'est plus seulement un espace d'exposition. Les diff&#233;rentes pi&#232;ces g&#233;n&#233;raient un autre espace qui les reliait les unes aux autres, quelque chose d'irr&#233;el. Cela m'a fait penser &#224; ce moment o&#249; tu sors &#224; peine d'un r&#234;ve. Ce que tu viens de vivre est encore tangible mais pr&#234;t &#224; s'&#233;vanouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : C'est int&#233;ressant cette r&#233;f&#233;rence &#224; une exp&#233;rience qui concerne tout le monde et se situe en dehors du temps o&#249; l'on est pleinement conscient, &#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Comme tu viens de le dire, il y a un point d'acc&#232;s facile dans ton travail. On est s&#233;duit par la prouesse technique d'un escabeau en biscuit. La difficult&#233; consiste &#224; aller au-del&#224; de cette premi&#232;re surprise et pour cela il faut du temps. On est en proie &#224; chercher un sens pr&#233;cis. On n'en finit pas de buter sur des interpr&#233;tations contradictoires. Eva dit que cette lenteur est aussi perceptible dans ce que l'on devine du processus d'&#233;laboration de certaines &#339;uvres. Par exemple, on per&#231;oit le temps avec lequel la carte du monde a &#233;t&#233; &#171; us&#233;e &#187; pour laisser la couche de papier la plus fine. Pour miroir, c'est le tain qui est parti : est-ce que c'est toi qui l'a fait dispara&#238;tre ou bien le temps ? &#199;a me fait penser &#224; la belle expression de Pierre F&#233;dida, &#171; le vivant psychique inanim&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre F&#233;dida, Des bienfaits de la d&#233;pression. &#201;loge de la psychoth&#233;rapie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : J'ai conscience d'une vraie lenteur &#224; la fois dans ma vie et dans mon travail. Je ressens le temps d'&#233;laboration puisque je fabrique des objets et je ne les comprends que longtemps apr&#232;s. Il y a une vraie r&#233;sistance de mon travail &#224; la rapidit&#233;. J'ai entendu r&#233;cemment &#224; la radio quelqu'un parler du livre comme d'un lieu de repos pour les mots. J'aime penser &#224; la sculpture comme un lieu de repos. Mais un lieu de repos pour quoi ? Par exemple, les journaux brod&#233;s sur tissu sont de vrais ralentisseurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
F. O. : Il y a quelqu'un qui se pose en vrai r&#233;sistant &#224; la rapidit&#233; ambiante. C'est Pierre F&#233;dida quand il parle de la &#171; capacit&#233; d&#233;pressive &#187;. En fait, si j'ai bien compris, il s'agit de la capacit&#233; de l'esprit &#224; se prot&#233;ger des mouvements de la vie pour pr&#233;server la vie. Dans son dernier livre, il y a un tr&#232;s beau chapitre consacr&#233; &#224; ce qu'il appelle l'&#171; affect glaciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre F&#233;dida, &#171; Un affect glaciaire et ses gu&#233;risons critiques &#187;, in Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cela m'a beaucoup fait penser &#224; chaise de jardin. L'&#171; affect glaciaire &#187; est une r&#233;f&#233;rence directe aux th&#233;ories de Sandor Ferenczi sur les empreintes profondes laiss&#233;es par l'&#232;re glaciaire sur le psychisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandor Ferenczi, Thalassa. Psychanalyse des origines de la vie sexuelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les p&#233;riodes glaciaires sont dans l'histoire de la plan&#232;te, des p&#233;riodes o&#249; la vie se retire. Cela ne veut pas dire qu'elle dispara&#238;t, loin de l&#224;... Les affects glaciaires &#233;voquent d'autres rythmes et temps int&#233;rieurs qui n'ont rien &#224; voir avec le temps de l'activit&#233;. Une temporalit&#233; du &#171; non changement &#187; qui porterait en elle des changements &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Un temps mort pour la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. G. : Au tout d&#233;but, je t'avais dit que l'affaissement de canap&#233; &#233;voquait pour moi la d&#233;pression. Le temps passant, j'y vois plut&#244;t le refus d'un certain ordre conventionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Tu as eu peut-&#234;tre cette impression parce que certaines de mes pi&#232;ces sont basses. Comme dans les aventures d'Alice au pays des merveilles o&#249; tout se passe &#224; la fronti&#232;re, mon travail se passe aussi en surface. Tapis est descendu d'un cran, il n'a plus de trame. Canap&#233; a &#233;t&#233; reconstruit avec une ossature sans hauteur comme un bas-relief au sol. Les t&#234;tes des tulipes ont &#233;t&#233; coup&#233;es et tomb&#233;es. Parapluie sous une flaque est vu de dessus. D&#232;s que l'on voit quelque chose de bas ou au ras du sol, on a un sentiment de disparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait ce n'est pas &#231;a. Proust dit que la sensibilit&#233; s'&#233;veille quand on est abaiss&#233; physiquement. Il raconte qu'il n'a pu pleurer la mort de sa grand-m&#232;re qu'un matin o&#249; il &#233;tait en train de lacer ses chaussures. C'est &#224; ce moment-l&#224; que les larmes sont venues, et qu'il a pu ressentir de l'&#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en m&#234;me temps, il ne faut pas oublier qu'il y a de l'humour dans mon travail. Le salon fait toujours rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. G. : Oui mais c'est &#224; double tranchant. Le parapluie fait sourire aussi, mais il &#233;voque en m&#234;me temps la chute, l'&#233;crasement. Finalement c'est tragi-comique. L'&#233;crasement n'est pas seulement physique, il est aussi temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : On ne sent pas le d&#233;roulement du temps, une cause suivie d'un effet. Il y a du d&#233;sordre. Par exemple dans la pi&#232;ce que je suis en train de r&#233;aliser, feu de bois, les branches sont d&#233;j&#224; transform&#233;es en charbon m&#234;me si leur forme est rest&#233;e intacte. En m&#234;me temps, elles sont dispos&#233;es de fa&#231;on &#224; sugg&#233;rer un futur feu de bois. Peut-&#234;tre que pour une fois, le pr&#233;sent n'est plus seulement le temps ennuyeux de l'attente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Il n'y a pas l'autorit&#233; d'un r&#233;cit. Il y a plein d'histoires possibles et en m&#234;me temps l'histoire est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Ce que tu viens de me dire me fait penser &#224; Bartleby de Melville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herman Melville, Bartleby. Les Iles enchant&#233;es, (1853), postface de Gilles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa fa&#231;on de dire, &#171; je pr&#233;f&#232;rerais ne pas &#187;, il y a un c&#244;t&#233; que l'on peut analyser comme passif, mais finalement, il s&#232;me la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Claire Legrand m'a dit que rideau lui rappelait l'atmosph&#232;re des films de Visconti. Elle a aussi parl&#233; de nostalgie, une nostalgie pleine de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Georges Didi&#8209;Huberman remarque que dans les tableaux de Botticelli, tous les mouvements passionnels de l'&#226;me sont exprim&#233;s dans les chevelures et les drap&#233;s, plut&#244;t que dans les visages ou les corps. L'&#233;nergie des affects d&#233;borde dans les mat&#233;riaux &#171; indiff&#233;rents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante. Histoire de l'art et temps des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Deleuze dit : &#171; Il n'y a pas seulement du vivant partout, mais des &#226;mes partout dans la mati&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le Baroque, coll. Critique, Les &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : En for&#231;ant un peu le trait, est-ce que l'on ne pourrait pas parler de natures mortes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Pourquoi pas. J'aime beaucoup la simplicit&#233; apparente et le myst&#232;re des peintures de Morandi. Les pots se confondent parfois avec leurs ombres. L'ombre de l'un donne de l'&#233;paisseur &#224; l'autre. Il y a une connivence entre les &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Tu m'a parl&#233; de la question du deuil, pr&#233;cis&#233;ment au sujet de marelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Marelle est d'abord un jeu. Le joueur progresse &#224; cloche-pied pour r&#233;cup&#233;rer un palet qui repr&#233;sente l'&#226;me. Il s'agit de ne pas poser le pied sur les lignes qui divisent les cases. &#192; l'origine, le dessin de la marelle &#233;tait une repr&#233;sentation du monde. Le trajet du palet va de la terre au ciel. J'ai trouv&#233; juste de relever le ciel comme un espace inaccessible. Du coup la marelle devient une sorte de pierre tombale, au sens d'une limite o&#249; la vie et la mort se s&#233;parent et se prot&#232;gent l'une de l'autre. Ou bien un lieu o&#249; la vie et la mort se rencontrent. Cela me fait penser &#224; cette id&#233;e de mise en mouvement par le deuil. Dans son film Petits arrangements avec les morts, Pascale Ferran met en sc&#232;ne trois personnages qui portent en eux l'empreinte d'un mort avec lequel il leur faut vivre. Il y a des morts qui s&#232;ment la vie. Dans mes pi&#232;ces, il est question de la vie telle qu'elle ne peut se concevoir sans l'ombre port&#233;e de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F.O : Je pense au livre de Nicole Loraux dont tu m'as conseill&#233; la lecture. Le livre parle du deuil des m&#232;res dans l'Antiquit&#233; grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole Loraux, Les m&#232;res en deuil, coll. La librairie du XXe si&#232;cle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteure &#233;met l'hypoth&#232;se que la r&#233;glementation des fun&#233;railles avait entre autres pour objectif de pr&#233;munir la cit&#233; contre l'exc&#232;s de douleur des m&#232;res. Ces exc&#232;s risquaient de menacer l'&#233;quilibre politique. Le deuil maternel trouvait alors sa place dans l'espace de la trag&#233;die. Dans le monde d'aujourd'hui, j'ai parfois l'impression que l'on fait fi de cette question du deuil. Du coup elle resurgit parfois avec ampleur. Par exemple, il y a eu d'importantes manifestations &#224; Madrid suite &#224; la plainte de deux organisations d'extr&#234;me droite contre le juge Baltasar Garz&#243;n. Ce juge enqu&#234;te sur la disparition de 114 000 r&#233;publicains pendant la guerre civile et sous la dictature de Franco&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal Le Monde, 16 avril 2010.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On voyait de jeunes gens en col&#232;re brandissant la photo d'un a&#239;eul sans s&#233;pulture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : &#201;coute cette phrase de Nicole Loraux : &#171; Serions-nous civilis&#233;s au point d'avoir oubli&#233; la col&#232;re qui na&#238;t de la douleur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. O. : Ensuite, je ne vois pas que la question du deuil dans marelle. On n'atteint pas le ciel, on est ancr&#233; au sol. On ne peut pas &#233;chapper au &#171; sol raboteux du r&#233;el &#187;. Pour moi ce n'est pas forc&#233;ment une vision d&#233;senchant&#233;e, on a des choses &#224; faire au sol. Le ciel relev&#233; repr&#233;sente &#233;galement le fait qu'on bute constamment contre quelque chose, quelque chose qui n'est jamais r&#233;solu. Dans miroir, c'est le regard qui se cogne contre le fond en bois. Mais les restes de tain forment une image propice &#224; la r&#234;verie, quelque chose d'assez proche d'un paysage vu du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. G. : Cela me fait penser au tableau de Bruegel, La chute d'Icare&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pieter Bruegel (1527/28-1569), La chute d'Icare, collection Mus&#233;es royaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a dans ce tableau un &#233;v&#232;nement que personne ne voit, ni le paysan qui laboure son champ, ni le berger. Un drame se joue dans l'indiff&#233;rence. Icare ou le risque de se perdre. Icare c'est le r&#234;veur avec ses utopies qui n'int&#233;ressent pas du tout les travailleurs aux alentours. Dans la l&#233;gende, Icare cherche &#224; s'&#233;chapper de son exil en Cr&#234;te. Il ne peut le faire ni par terre ni par mer, alors il reste la voie des airs. Chaque mont&#233;e est suivie d'une descente, c'est une loi de la physique. Dans le tableau, on est au moment de la chute, l'ascension a d&#233;j&#224; eu lieu. Le paysan et ses animaux, le bateau, restent &#224; l'horizontale. Icare est revenu parmi les hommes, &#224; la surface. Il joue l'activit&#233; humaine. Et il est jou&#233; des lois de la physique. Il y a une &#171; douce m&#233;lancolie &#187; qui se d&#233;gage de ce tableau. C'est peut-&#234;tre parce que le r&#234;ve d'Icare nous montre que &#171; nous devons parier sur cette existence, l&#224; o&#249; l'homme ne peut &#234;tre autre, comme il n'y a pas non plus d'autre monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miguel Benasayag, La fragilit&#233;, La D&#233;couverte/Poche, Paris, 2004, p. 207.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exposition Vague sc&#233;l&#233;rate, La BF15 &#8211; Espace d'art contemporain, Lyon, 18 septembre &#8211; 7 novembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exposition penser r&#234;ver, Galerie Chez Valentin, Paris, 21 novembre &#8211; 29 d&#233;cembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre F&#233;dida, Des bienfaits de la d&#233;pression. &#201;loge de la psychoth&#233;rapie, Odile Jacob, Paris, 2003, p. 16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre F&#233;dida, &#171; Un affect glaciaire et ses gu&#233;risons critiques &#187;, in Des bienfaits de la d&#233;pression. &#201;loge de la psychoth&#233;rapie, op.cit., pp. 34&#8209;55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandor Ferenczi, Thalassa. Psychanalyse des origines de la vie sexuelle (1924), trad. Judith Dupont et Myriam Viliker, Petite Biblioth&#232;que Payot, Paris, 1992&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herman Melville, Bartleby. Les Iles enchant&#233;es, (1853), postface de Gilles Deleuze, trad. Mich&#232;le Causse, GF Flammarion, Paris, 1989, pp. 9&#8209;58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, L'image survivante. Histoire de l'art et temps des fant&#244;mes selon Aby Warburg, coll. Paradoxe, Les &#201;ditions de Minuit, Paris, p. 242&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le Baroque, coll. Critique, Les &#201;ditions de Minuit, Paris, 1988, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole Loraux, Les m&#232;res en deuil, coll. La librairie du XXe si&#232;cle, &#201;ditions du Seuil, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journal Le Monde, 16 avril 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pieter Bruegel (1527/28-1569), La chute d'Icare, collection Mus&#233;es royaux des Beaux&#8209;Arts de Belgique, Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miguel Benasayag, La fragilit&#233;, La D&#233;couverte/Poche, Paris, 2004, p. 207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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